BIBELEN NORWAY

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Une Bible littéraire séduit la Norvège.

Le 19 octobre dernier, les rues d’Oslo ont connu une agitation inhabituelle. Devant les librairies, des cohortes de jeunes, sagement alignés, certains déguisés en Jésus ou en ange Gabriel, attendaient l’ouverture des portes pour se procurer … la Bible.
Oui, le Livre des livres, dont l’origine remonte à plus de 2000 ans. Alors pourquoi faire la queue, être dans les premiers à s’offrir un bien culturel dont on connaît déjà le contenu ? La nouvelle Bible (nye Bibelen), comme la désigne les Norvégiens, est, comment dire, moins académique que la précédente. C’est une adaptation littéraire des écrits sacrés. Elle se lit comme une nouvelle, un roman d’aventure, une saga théologique.Coffret en trois volumes, la nouvelle Bible s’est débarrassée de ses 1180 chapitres et de ses 31 171 versets. Le texte court désormais sur une large et unique colonne, qui laisse une bonne place aux annotations. L’ancienne édition datait de 1978 et montrait des signes de « vieillesse » face à la modernisation exponentielle du monde. En 1999, la Société Biblique de Norvège a une idée géniale : confier la traduction des textes originels (en hébreu et en grec) à un collège d’experts, soit une trentaine de consultants, parmi lesquels des prêtres et des universitaires. Puis, sur la base d’une traduction solide et pure, faire réécrire le texte sur un mode littéraire par un groupe d’une douzaine d’auteurs sélectionnés parmi les meilleurs.

Best-seller en 2011, le Livre des livres suscite un engouement qui dépasse largement le domaine du religieux

BIBELEN02Dans ce groupe d’excellence, on trouve le dramaturge Jon Fosse, mais aussi des écrivains moins consensuels, comme Karl Ove Knausgård, l’équivalent en France d’un Michel Houellebecq ou d’un Frédéric Beigbeder. Tous ont relevé le défi bénévolement. Leur démarche n’est évidemment pas religieuse. Ils considèrent pour la plupart que la traduction littéraire de la Bible est un travail d’utilité publique.Ils s’y sont donc attelés avec toute leur énergie.

Édité au départ à 25 000 exemplaires, l’ouvrage a du être réimprimé plusieurs fois et dépasse aujourd’hui les 100 000 unités vendues. Best-seller en 2011, la nouvelle Bible suscite un engouement qui dépasse largement le domaine du religieux. Car si 80% des Norvégiens appartiennent à l’Église luthérienne, seuls 10% se déclarent pratiquants. Dans un pays d’un peu moins de 5 millions d’habitants, la « nye Bibelen », intéresse tous les Norvégiens, à commencer par les jeunes. Une œuvre plus fluide, plus facile à lire, les attire forcément. Mais ce n’est pas la seule raison.Certains éditorialistes établissent un lien avec la tuerie d’Utoya.

Pour mémoire, le 22 juillet 2011, soit trois mois avant la sortie de la nouvelle Bible, Anders Breivik, un activiste de 32 ans, fait exploser des bombes dans Oslo puis massacre 69 étudiants à l’arme à feu sur la petite île d’Utoya, faisant 77 morts et 151 blessés. Cet assassinat de masse, absurde, inhumain, a profondément choqué la société norvégienne, plongeant même le pays dans un bref épisode dépressif. Passée la stupeur, les Norvégiens cherchent à comprendre, à expliquer l’impossible. A travers ce drame, les plus jeunes sont forcés de s’interroger sur la fragilité et le sens de la vie. Des questions auxquelles la Bible est censée apporter des réponses. Même dans sa nouvelle version.

Nicolas Roiret
pour le Blog du Groupe


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