CASSEURS DE TEXTES

billet 01

D’abord, jetons les bases ; comment traduire un texte si la langue source est inconnue de tous ? Pire, si ce même texte est composé de dessins, de signes, d’un alphabet inédit, de chiffres, ou de tout autre gribouillis, par quels chemins vais-je passer pour lui donner un sens ? On entre là dans la cryptographie, un monde à part, où le texte doit être « cassé » avant d’être traduit. L’important, dans un premier temps, ce n’est pas le contenu du coffre-fort mais comment je vais parvenir à l’ouvrir.

En 1822, Jean-François Champollion étudie les langues orientales au Collège de France lorsqu’il parvient à décrypter les hiéroglyphes gravés sur la Pierre de Rosette. Son exploit ne doit rien au hasard, il le tire de sa rigueur, de son intuition et de son savoir.

Il dit à l’époque de ces pictogrammes, « c’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. ». Ce texte, datant de 196 avant J-C., est une loi promulguée sous le règne du pharaon Ptolémée V. Historiquement, il n’a pas un grand intérêt. Techniquement, il permet de jeter un pont entre deux civilisations, l’Egypte ancienne et le monde moderne.

Largement reprise par la littérature et le cinéma, notre fascination pour les textes incompréhensibles semble inscrite dans nos gênes. Ce qui a été écrit par l’homme doit être compris par l’homme. Plus près de nous, de nombreux spécialistes ont buté sur le Texte de Copale.

Découvert en 1989, à Berlin-Est, dans les archives de la RDA, ce livre de 105 pages et de 75 000 caractères a finalement été « craqué » fin 2011 par une équipe américano-suédoise dirigée par le professeur Knight de l’Université de Californie du Sud. Knight, de renommée mondiale, expert en traduction automatique, dit s’être appuyé à la fois sur son intuition humaine et des algorithmes adaptés pour casser le code du Copale. Daté de la fin du XVIIIème (entre 1760 et 1780), le livre « mis à nu » est en allemand. Il définit les rites d’une société secrète, l’équivalent d’une secte, portée sur l’ophtalmologie et le culte des yeux.

Certains affirment que le manuscrit de Voynich n’est qu’une supercherie, un livre écrit volontairement dans un langage qui ne veut rien dire.

Mais il y a plus fort. Prenez le manuscrit de Voynich. Ce grimoire, daté du XVème siècle, composé de 234 pages, n’a toujours pas révélé son contenu. Écrit dans un alphabet inconnu, l’ouvrage fut récupéré en 1912 par Voynich, un marchand de livres anciens, auprès des Jésuites de Frascati près de Rome. Très vite, le manuscrit de Voynich s’entoure d’un mystère que d’aucuns trouvent insupportable. Des centaines, des milliers d’êtres humains tentent alors de le décoder.

Dans les années 50, les grosses têtes de la NSA décident de s’y intéresser, mais ils s’y cassent les dents, eux aussi.

Précieusement conservé à la bibliothèque de l’Université de Yale depuis 1969, le fameux manuscrit fait toujours l’objet de multiples études et reste muet malgré les outils informatiques dont nous disposons aujourd’hui. Certains vont même jusqu’à affirmer que le manuscrit de Voynich n’est qu’une supercherie, un livre « inventé », écrit volontairement dans un langage qui ne veut rien dire. Propriété d’alchimistes qui se le cédaient, il aurait permis à ses propriétaires de prétendre posséder un savoir occulte. Alors qu’y a t-il dans le manuscrit de Voynich ? Vraiment rien ? Même cela, il faudra le démontrer…

De nombreux textes continuent de nous résister. L’un des plus célèbres, et aussi le plus récent (1990), se trouve au siège de la CIA, à Langley, Virginie. Il a pour nom Kryptos, une sculpture en granite, sur laquelle est gravé un texte de 4 sections. Les trois premières ont été décodées, la dernière, composée de 97 caractères, reste inviolée depuis 22 ans.

Kryptos est l’œuvre du plasticien Jim Sanborn et du cryptographe, Eward Scheidt, un ancien de la CIA. Elle fait l’apologie du texte tout puissant qui offre le savoir à celui qui peut y accéder. Un monument à la gloire de l’Intelligence.

Nicolas Roiret
pour le Blog du Groupe


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