La médecine charabia

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Lorsque vous vous rendez aux urgences d’un hôpital, la moindre des choses est de vous faire comprendre et d’être compris par le médecin. Une évidence me direz-vous, sauf quand le malade est étranger et ne parle pas la langue du personnel soignant. Dans les pays occidentaux, les centres hospitaliers ont leurs traducteurs mais si d’aventure, loin de votre home sweet home, vous deviez être pris en charge dans un dispensaire chinois ou sud-africain, il est fort probable que votre discussion avec le toubib local se fasse sur l’ordinateur via l’application Google Translate. Faute de mieux, le plus souvent avec tous les risques que cela comporte en termes d’incompréhension ou de contresens.
Prenons un exemple précis : vous êtes en réanimation à l’hôpital d’Hetauda au Népal. Vous venez de faire une crise cardiaque lors d’un trek, votre épouse vous accompagne. C’est à elle que le médecin demande s’il peut opérer. En anglais : « We need your consent for operation » (nous avons besoin de votre accord pour l’opération).

Mais Madame ne parle ni ne comprend la langue de Shakespeare. Pour elle, la tentation est grande d’utiliser Google Translate sur son smartphone pour y voir plus clair. Du coup, elle obtient : nous avons besoin de votre consentement pour le fonctionnement. La voilà bien avancée…

Des chercheurs ont testé l’outil de traduction instantanée en lui soumettant les 10 phrases les plus couramment employées à l’hôpital dans 26 langues différentes.

Ce cas de figure, fréquent à l’échelle de la planète, a éveillé l’intérêt des chercheurs britanniques du National Health Service. Ils ont voulu tester l’outil de traduction instantanée en lui soumettant les 10 phrases les plus couramment employées à l’hôpital et ce, dans 26 langues différentes.
Le résultat, publié par le très sérieux British Medical Journal, est édifiant. Sur un total de 260 phrases (10 x 26), seules 57,7 % d’entre elles (150) sont correctement traduites.

Mais ce n’est qu’une moyenne. Les scientifiques ont constaté de grandes disparités entre les langues selon qu’elles soient africaines (55 % d’erreurs), asiatiques (54 %) ou de l’Est de l’Europe avec 38 % de traductions incorrectes.
Pour les pays occidentaux, le taux de réussite monte à 74 %, la palme revenant au portugais. Avec 9 phrases sur 10 correctement traduites, c’est la langue qui résiste le mieux à la moulinette Google.

Mais avoir recours à Google Translate dans des situations critiques n’est pas une fatalité.
Avant de partir, rien ne vous empêche de télécharger un « carnet de santé », qui reprend tous les termes médicaux dans la langue de votre choix : wolof, peul, hindi, serbe, lingala, etc. (celle, en fait, dont vous aurez à vous servir dans le pays visité). On trouve ces brochures plutôt bien faites sur le site de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES). Une fois imprimé, le livret ne pèse pas lourd dans la valise et vaut mieux que tous les algorithmes réunis.
Des applis sont également disponibles sur MacOS et Androïd. Développées par des médecins, elles traduisent les phrases les plus courantes, échangées entre les patients et le personnel soignant dans une vingtaine de langues.

L’imprévu, ça s’envisage. Sinon, il y a Google…

Nicolas Roiret
pour le Blog du Groupe


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