L’INTERPRÈTE ÉTAIT BIDON

Interprete_bidon

Il s’appelle Thamsanqa Jantjie, il a 33 ans, il est Sud-Africain et affiche des rondeurs plutôt rassurantes. Le monde entier l’a découvert le 10 décembre dernier lors de la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela retransmise sur toutes les télévisions. Invités pour l’occasion, les plus hauts chefs d’Etat de notre planète sont montés sur l’estrade du FNB Stadium de Johannesburg pour y faire leur allocution. Et chaque fois, à moins d’un mètre des intervenants, le téléspectateur pouvait voir notre Thamsanqa Jantjie faire de grands gestes, brasser de l’air dans ce qui ressemblait, pour un néophyte, au langage des signes.

Avec le recul, en revoyant sa prestation, on devine sa gaucherie, ses yeux qui roulent dans les orbites, son état de confusion. Mais sur le moment, rien ne permettait de remettre en doute ses compétences.
La première alerte émane de Marlee Matlin, Oscar de la meilleure actrice 1987 dans « Les Enfants du silence ». Forte de ses 278 000 followers, elle annonce dans un tweet, durant la retransmission, que le traducteur est bidon, qu’il raconte n’importe quoi.
La nouvelle se répand alors très vite, on s’agite sur les réseaux. Une heure seulement après la cérémonie, le scandale éclate au grand jour. Thamsanqa Jantjie est un imposteur. Les associations de sourds et malentendants sud-africains livrent aux médias la « traduction » des gesticulations du pseudo-interprète. Cela donne : « Je soutiens salutations de base ici salutations. Rejoindre l’intérieur de la cigarette à l’intérieur de cette semaine à prouver et ainsi de suite pour soutenir. Je me ferais un plaisir de dire de moi à vous … de vous parler jusqu’ici. », ou bien « Bonjour, bienvenue à ce jour. Eh bien, la cigarette rejoindre apportant différents de vous … un cercle et je voudrais prier cette offre. Fondamentalement, c’est amusant, toutes ces boules de prouver ce qui est bon. Je suis désolé. ».
Du charabia, une suite de mots sans queue ni tête. Un canular en mondovision…
Sommé de s’expliquer sur cette mascarade, Thamsanqa Jantjie argue alors qu’il est schizophrène et que lors de la cérémonie, dépassé par l’importance de l’événement, il a été pris d’une crise. « J’ai vu des anges », expliquera-t-il. Et de rajouter qu’il est interprète depuis 9 ans et que personne jusqu’ici n’a eu à se plaindre de ses services.

En fouillant dans son passé, les journalistes découvrent qu’il a déjà été condamné en 1995 pour vol et qu’il a écopé de trois ans de prison.

L’histoire ne fait pas sourire le FBI, qui déclenche une enquête. Thamsanqa Jantjie s’est tenu pendant de longues minutes aux côtés du Président Obama. Grosse faille dans le dispositif de sécurité. La presse américaine se passionne pour l’affaire et parvient au fil des jours à mieux cerner le personnage. Thamsanqa Jantjie n’a aucun diplôme, aucune attestation à fournir pour prouver qu’il peut exercer. Interviewé par USA Today, son oncle raconte qu’il n’a jamais été à l’école.
Pour sa prestation, l’homme dit avoir été mandaté par une société, Translater SA, et qu’il a touché 85$. Problème, la société dont il parle n’existe plus, envolée. En fouillant dans son passé, les journalistes découvrent qu’il a déjà été condamné en 1995 pour vol et qu’il a écopé de trois ans de prison. Plus inquiétant encore, Thamsanqa Jantjie a été impliqué dans un tas d’affaires criminelles, viol, séquestration, tentatives de meurtres et étrangement, les charges ont été abandonnées à chaque fois.
Alors qui est ce drôle de personnage ? Seule certitude, sa maladie mentale est avérée. Le jour de la cérémonie, il avait rendez-vous avec l’hôpital psychiatrique qui le suit pour un check-up annuel. Il ne s’y est pas rendu. Embarrassé, le gouvernement sud-africain a tenté de minimiser l’incident et a couvert Thamsanqa Jantjie en le présentant comme « un grand professionnel qui, jusqu’ici, n’avait jamais failli ».
En réponse, CBS News a ressorti une vidéo de ses archives, datant du 24 juin dernier, soit plusieurs mois avant la mort de Mandela. On y voit le Président sud-africain Jacob Zuma tenir une conférence de presse. A ses côtés, Thamsanqa Jantjie fait déjà de grands signes dans son style inimitable. Après expertise, il s’agit bien du charabia servi le 10 décembre dernier…
Alors ? Et si Thamsanqa Jantjie n’était animé que par une seule obsession, devenir célèbre, être l’objet de toutes les attentions, se frotter à l’Histoire et y poser sa pierre ?

Nicolas Roiret
pour le Blog du Groupe


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